Comment fonctionne l’eSIM

30 Jan 2019

Comme souvent, une technologie passe inaperçue pendant des années, puis Apple l’adopte, et elle fait soudainement la une. Il y a environ trois ans, nous avons écrit un article sur la première montre connectée compatible avec cette technologie de l’eSIM. Elle ne se répand que maintenant parce que les iPhones XR, XS, et XS Max sont désormais compatibles avec cette technologie, et permettent d’ajouter une carte SIM virtuelle, en plus de la carte SIM habituelle.

Comment fonctionne-t-elle, et quels en sont les avantages ? Analysons tout cela de plus près.

Évolution de la carte SIM

Les premiers téléphones portables n’avaient pas de carte SIM. Ils étaient programmés par l’opérateur téléphonique, avec un  » compte utilisateur  » pour identifier le réseau enregistré dans la mémoire de l’appareil. Les cartes SIM apparaissent dans les normes GSM en 1991, et permettent aux abonnés d’utiliser leur téléphone sur n’importe quel réseau, et leur compte d’opérateur téléphonique, c’est-à-dire leur numéro de téléphone, avec n’importe quel téléphone, en insérant tout simplement un petit morceau de plastique équipé d’une micro-puce.

Tant que les téléphones et les modems étaient les seuls appareils connectés à un réseau, cette situation convenait à tout le monde. Au fil des années, les cartes SIM sont devenues de plus en plus lilliputiennes : la mini-SIM (celle que nous considérons comme  » normale « ) a été remplacée par la micro-SIM, puis la nano-SIM. Mais nous ne pouvons pas aller plus loin, puisque la nano-SIM est une micro-puce avec des composants dorés, sans un seul morceau de plastique qui dépasse.

Maintenant que l’Internet des Objets est là, avec ses capteurs, ses montres connectées, et bien d’autres appareils encore plus minuscules, avoir une fente pour insérer une nano-SIM n’est plus une option. C’est là que l’eSIM entre en jeu, une carte SIM intégrée.

À première vue, il semblerait qu’il s’agisse d’un retour aux téléphones programmés. Cependant, cette micro-puce révolutionnaire (qui mesure environ 5×6 mm, soit une infime partie de la nano-SIM) ne stocke pas seulement les données relatives à l’abonnement, mais peut également être téléchargée en ligne, et à distance. D’un point de vue pratique, cela signifie qu’il n’y a pas besoin d’insérer manuellement des cartes SIM dans des dizaines de milliers de capteurs de stationnement ou de modules qui contrôlent l’éclairage, ou de recommander un lot entier de cartes lorsque vous changez d’opérateur.

Les communications mobiles sont encore plus mobiles qu’avant

Il s’avère que la technologie eSIM est très utile pour les jouets intelligents, mais aussi pour vendre à distance des cartes SIM pour téléphone. Les opérateurs téléphoniques font des économies sur les kits de démarrage, la location d’un espace de vente, les frais de concessionnaires, et bien d’autres. De plus, l’acheteur public gagne du temps, et a moins de choses à faire, puisqu’il n’a pas besoin de se rendre en magasin, ou d’attendre la réception de son kit de démarrage.

C’est également la solution parfaite pour les voyageurs qui cherchent à éviter les frais d’itinérance de données. Il est beaucoup plus facile d’acheter le bon forfait en ligne et de le télécharger directement sur votre téléphone, que d’en obtenir un à l’étranger, en magasin, surtout si vous ne parlez pas la langue du pays.

Pourquoi le passage à l’eSIM ne va pas se faire du jour au lendemain

En réalité, la technologie eSIM a des avantages et des inconvénients, du moins pour les opérateurs.

Il est certain qu’elle simplifie la vente de services, mais elle permet également aux clients de se tourner plus facilement vers la concurrence. Il y a actuellement un certain délai entre le moment où vous commandez une nouvelle carte SIM, et celui où vous la recevez. Vous pouvez obtenir un code d’activation beaucoup plus rapidement grâce à l’eSIM. Cette transition est donc plus simple. Les opérateurs ne veulent pas que vous puissiez partir aussi facilement.

Ensuite, dans la plupart des pays occidentaux, les smartphones sont associés à des contrats, ce qui signifie qu’ils sont liés à l’opérateur qui les a vendus, et qu’ils ne fonctionnent qu’avec les cartes SIM émises par l’opérateur en question. Apple perturbe donc tout l’écosystème en confiant cette initiative aux fabricants de l’appareil, et en incitant les opérateurs à développer la vente en ligne.

Quand l’eSIM n’existe pas, même dans un iPhone

Les opérateurs ne sont pas les seuls à lutter contre le développement de l’eSIM ; c’est également le cas des législateurs. Dans certains pays, les lois exigent qu’un identifiant de carte SIM soit mentionné dans le contrat. De plus, les opérateurs téléphoniques de certains pays doivent vérifier l’identité des abonnés en leur demandant leur passeport ; théoriquement parlant, ce problème pourrait facilement être résolu. Par exemple, les utilisateurs pourraient s’inscrire en utilisant une photo selfie et leur passeport. Il est vrai que ce genre de selfies, tout comme n’importe quelles autres données personnelles volées, se vendent sur le darknet.

Les habitants de la Chine continentale, un des plus gros marchés d’Apple, ne pourront pas encore essayer la technologie de l’eSIM. Selon les informations disponibles sur le site Internet d’Apple, les iPhones équipés d’une eSIM intégrée seront vendus en Chine avec deux fentes pour nano-SIM. De même, les nouveaux appareils disponibles à Hong Kong et Macao auront deux cartes SIM amovibles. En réalité, l’eSIM sera aussi disponible à ces endroits, mais seulement sur les smartphones iPhone XS.

Quels opérateurs sont compatibles avec l’eSIM ?

L’eSIM pour iPhone est actuellement disponible auprès de la plupart des opérateurs mobiles européens, ainsi qu’au Canada, au Qatar, à Singapour, à Taïwan, à Hong Kong, en Thaïlande, aux Émirats arabes unis, en Inde, au Koweït, et aux États-Unis.

Les cartes SIM « pour touriste » peuvent également être achetées auprès des opérateurs internationaux Truphone et GigSky. Pour beaucoup, ces cartes SIM de voyage sont la seule façon d’essayer l’eSIM dans un avenir proche. Dans les quelques pays où les opérateurs sont compatibles avec l’eSIM, ces services ne sont disponibles que pour les habitants locaux, et sur les téléphones débloqués, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas associés à un opérateur téléphonique en particulier.

Comment accéder au réseau mobile en utilisant une eSIM

Il n’est pas compliqué de connecter une carte SIM virtuelle. L’abonné n’a qu’à scanner le code QR généré par l’opérateur, ou saisir manuellement les paramètres suivants : l’adresse du serveur SM-DP+ (Subscription Manager Data Preparation) et le code d’activation. L’opérateur fournit tous ces renseignements.

Les profils de l’abonné sont générés sur le serveur SM-DP+, le programme LPA (Local Profile Assistant) installé sur l’appareil demande l’accès au profil correspondant, puis le télécharge sur l’eUICC (embedded Universal Integrated Circuit Card), qui est la micro-puce sur laquelle le profil est ensuite gardé sous forme chiffrée. L’eUICC sert également à obtenir l’autorisation d’accès au réseau.

De plus, ce système peut héberger plusieurs profils SIM en même temps, avec une capacité de mémoire de 512KB, au lieu de 64 ou 128KB avec les cartes SIM traditionnelles. Cela permet aux utilisateurs de passer d’une carte SIM virtuelle à l’autre. Pour réaliser cette action dans le nouvel iPhone, vous devez entrer dans Réglages -> Données cellulaires -> Forfaits cellulaires.

Comme vous pouvez le voir, il est facile de connecter une eSIM, et ce malgré toutes ces abréviations. Nous pensons que les propriétaires de ce nouvel iPhone devraient l’essayer, et si cette technologie n’est pas encore disponible dans votre pays, vous pouvez tout de même acheter une carte SIM virtuelle lorsque vous êtes à l’étranger.